🔎 Article republié pour archive
Texte original publié en 2011, conservé dans son ton et son style d’époque.
Corrections orthographiques et légères retouches de forme uniquement.
Hello World !
J’ai passé récemment les sélections pour les EOPN à Brétigny-sur-Orge, et fort de mon expérience, en toute conscience du manque d’informations sur cette sélection de l’Armée de l’Air, j’ai décidé d’en faire un petit résumé ici, loin des mythomanes de Aéronet 😉 (Ouais, le fameux que l’on a rappelé alors qu’il avait été boulé… on y croit…)
Élève-officier du personnel navigant est un grade de l’armée de l’air française. Par extension, le terme désigne la filière de recrutement de ces élèves-officiers, ce que l’on va voir ici, du moins pour les pré-sélections. L’avenir me dira si je peux vous parler de la suite.
La formation correspondante de la Marine est EOPAN, élève-officier pilote de l’aéronautique navale.
Pour la Marine, je vous conseille ce site : http://www.marinduciel.free.fr/
Description et petit récapitulatif
La filière de recrutement EOPN est ouverte aux candidats âgés de plus de 17 ans et de moins de 22 ans, hommes comme femmes, et de nationalité française.
La différence majeure entre les officiers issus du concours de l’École de l’Air et les officiers issus de la filière EOPN réside dans leurs perspectives de carrière. Les EOPN sont soit des officiers sous contrat (OSC, engagés pour 17 ans environ — 8 ans reconductibles de 6 ans), soit des officiers de réserve en situation d’activité (ORSA, qui ne peuvent eux non plus être en situation d’activité plus de dix ans).
En ce sens, ils sont spécialisés en pilotage ou navigation et n’auront pas la possibilité de tenir des postes de commandement. De ce fait, l’évolution des grades se fait beaucoup plus lentement.
Néanmoins, l’avantage que propose la filière EOPN est d’ouvrir la sélection à partir du baccalauréat de l’enseignement général ou technologique, alors que le concours de l’École de l’air n’est accessible qu’après une classe préparatoire.
La sélection est toutefois plus sévère. La filière n’étant pas un concours, elle consiste à déterminer si le candidat a, d’une part, les réflexes et les aptitudes d’un futur navigant et, d’autre part, s’il présente un maximum de chances de réussir.
On distingue deux types de personnel navigant :
- Les pilotes (chasse, transport et hélicoptère, le recrutement de ces derniers est aléatoire et se fait selon les besoins ponctuels de l’armée de l’air)
- Les navigateurs-officiers système d’arme (NOSA, chasse et transport)
Ces deux types de PN subissent les mêmes épreuves de pré-sélection et en même temps ; l’option est déterminée en fonction des notes obtenues le premier jour des sélections (coefficient).
Sélection
La pré-sélection est dite « au sol » et se déroule au Centre de sélection de l’Armée de l’air (CSAA) sur la base aérienne 217 « Colonel Brunet » à Brétigny-sur-Orge.

Premier jour
Éliminatoire si vingtile < 12. (Le vingtile est une moyenne coefficientée ; il existe un vingtile pilote et un NOSA. Quelqu’un qui a 13 en Pil et 9 en NOSA n’est retenu que sur la liste pilote, et inversement. Quelqu’un qui a 15 et 18 est retenu sur les deux listes.)
- Le test palonnier
- Test d’admissibilité à l’armée (QCM sur PC)
- Les tests psychotechniques (QCM sur PC)
- Problèmes de résolution rapide mathématique (QCM sur PC)
- Reconnaissance cartographique (QCM sur PC)
- Lecture de tableau (QCM sur PC)
- Orientation spatiale (QCM sur PC)
- Lecture d’instruments (QCM sur PC)
- Questionnaire de personnalité (QCM sur PC)
Départs des candidats non admis (50 % en moyenne) et notification des options retenues aux autres.
Eh oui, le lundi déjà, après une dure journée à se pouiller les yeux sur le PC pendant 5 heures, la moitié environ part (ce n’est que statistique n’est-ce pas ! Je dis la moitié mais tout le monde peut partir à ce moment-là).
Notez que le test le plus coefficienté au vingtile pilote est le test palonnier, et le plus coefficienté au vingtile NOSA sont les problèmes de résolution rapide mathématique.
Pour ceux qui restent, on retourne sur PC pour des tests « détente » ^^ :
- Culture aéronautique (QCM sur PC)
- Culture générale et scientifique (QCM sur PC)
Ce qu’il faut savoir : CETTE JOURNÉE NE SE PRÉPARE PAS ! Arrêtez de vous tuer à la tâche avec le manuel du Dr Brain, ces tests sont spécifiquement faits pour ne pas avoir été faits avant… La seule chose que vous pouvez réviser est : la division à la main (car pas de calculatrice, je vous jure c’est handicapant !) et aussi la façon de résoudre des problèmes du type :
« A et B sont séparés de 800 km, un avion part de A et va vers B à 200 km/h, tandis qu’un autre avion part de B et va vers A à 350 km/h. Au bout de combien de temps se croiseront-ils ? »
ou encore
« Anne a deux ans de moins que Benoît qui a le double d’âge de Caroline […]. Quel âge a Benoît ? »
40 questions de ce type, environ 20 minutes.
Les tests sont sur PC et limités dans le temps. Lorsque vous voyez qu’il ne vous reste que 30 secondes, laissez tout tomber et martelez le clavier pour répondre A à chaque question restante : vous avez une chance sur quatre que ce soit la bonne réponse, d’autant plus qu’une mauvaise réponse ne pénalise pas.
À savoir aussi : on pourra vous dire que vous êtes retenu uniquement NOSA. Ça n’arrive pas qu’aux autres. Dans ce cas, il faut savoir à l’avance quoi faire : on vous demandera si cela vous convient ou si vous voulez partir. Il n’y a pas de honte à partir… sinon il faut être prêt à sacrifier le pilotage et toute réinsertion professionnelle à venir (un NOSA n’a pas d’équivalent civil ni de diplôme à part un ATPL théorique ; sachant qu’un ATPL pratique nécessite plus de 180 heures de vol à payer soi-même).
Deuxième jour
- Le fameux SECPIL (pour ceux retenus pilote), en plus maintenant on a le droit au PAM Pilote (PAM, pas palm… =D) pour les pilotes et au PAM NOSA. PAM veut dire Priorité Attention Mémorisation.
À nouveau, départ des candidats non admis (50 % aussi en moyenne). Bravo si vous êtes dans les 25 % du pot de départ qui restent !
- Le PAM (Pil ou NOSA, ou les deux)
- Test d’anglais (QCM sur PC)
- Questionnaire de personnalité approfondi (QCM sur PC)
Ce qu’il faut savoir : le SECPIL, contrairement au PAM, est éliminatoire pour ceux qui sont uniquement pilote (les Pil/NOSA passent NOSA simple). Le PAM est censé remplacer le SECPIL à long terme ; pour le moment, il fait juste l’objet d’une annotation de score sur le dossier, mais à l’avenir il sera tout aussi éliminatoire.
Notez aussi que ces épreuves comptent sur une aptitude innée à s’adapter : ça ira mal au début puis de mieux en mieux, et votre courbe d’amélioration est regardée par l’opérateur qui annote votre dossier.
Personnellement, j’ai mieux réussi les dernières épreuves de chaque test que les premières car j’avais compris la gestion des choses et mon attention était moins sollicitée.
Les trois tests (SECPIL, PAM Pil-NOSA) se déroulent dans un simulateur. Un simulateur qui bouge : pas à l’aise en voiture s’abstenir…
À partir du moment où vous êtes dedans, l’opérateur vous demande si tout va bien puis il enlève son casque (vous avez donc le droit de jurer votre mère — ce qui sera sûrement le cas). Un bouton d’arrêt d’urgence existe mais il disqualifie direct, donc on vomit dans le noir et on finit le test, ok ?!
Le SECPIL : chaque phase est constituée de 4 épreuves de 52 sec, 5 épreuves pour la dernière.
Phase 1 – Palonniers seulement : un carré se déplace horizontalement, il faut le mettre autour d’un point jaune qui bouge de place aléatoirement.
Phase 2 – Un autre fuck*** carré décrit un huit, vous devez le suivre en utilisant le manche (attention, tirer vers vous pour monter et pousser pour baisser).
Phase 3 – Les deux en même temps.
Phase 4 – Les deux en même temps et, en plus, l’écran tête basse affiche un chiffre (de 0 à 9 donc) toutes les trois secondes. Vous devez les additionner mentalement pour ensuite écrire le résultat à la fin de l’épreuve.
Conseil : dire le chiffre à voix haute… et ne pas quitter ce fuck*** carré des yeux, le chiffre saute suffisamment au visage pour que votre regard n’ait pas à bouger.
Le PAM Pilote : chaque phase est constituée de 2 épreuves de 52 sec, 4 épreuves pour la dernière.
1 – Vous devez gérer une double jauge avec la manette des gaz, en appuyant sur le bouton rouge pour la jauge droite, et en n’appuyant pas pour la gauche.
Votre mission : rester dans le vert. Attention, il y a une inertie et donc un temps de latence.
En plus de cela, 4 voyants vont s’allumer au bout de 10 secondes sur l’écran tête haute dans un ordre aléatoire, vous devrez les mémoriser (attention : pas les couleurs, les positions !!), puis 20 secondes plus tard quatre boutons vont s’allumer sur l’écran tête basse ; il faudra alors les sélectionner dans le même ordre.
Une petite flèche apparaît aléatoirement sur une des deux jauges, elle devient alors prioritaire sur l’autre (dans l’attribution des points, donc dans votre jugement aussi…).
2 – Un carré se déplace de façon totalement aléatoire, vous devez superposer votre carré avec le sien, avec le manche (non inversé cette fois — enfin inversé pour les pilotes ^^).
Attention : dans le SECPIL, on pouvait quitter l’écran des yeux car le carré faisait toujours un huit ; là, si vous quittez l’écran, vous êtes sûr de rater un virage imprévu.
Plus toujours les voyants à mémoriser.
3 – Les deux en même temps (plus les voyants encore et toujours ^^).
Le PAM NOSA : chaque phase est constituée de 2 épreuves de 52 sec, 4 épreuves pour la dernière.
Les mouvements du simulateur sont indépendants du manche pour ce test.
1 – Une jauge seulement à gérer avec la manette des gaz, plus rapide cependant et avec une marge d’erreur beaucoup plus restreinte, plus toujours ces fameux voyants…
2 – Sur l’écran tête haute apparaissent quatre jauges divisées chacune en trois parties : une verte, une jaune, une rouge.
Votre but : rester dans le vert tout le temps. Pour cela, avec le manche, on sélectionne une jauge puis on appuie sur le bouton pour faire reculer l’aiguille.
Attention : là aussi, petite flèche de priorité aléatoire. + voyants.
3 – Devinez… Eh oui, les deux + voyants !
Troisième jour
Épreuve de groupe : on vous soumet un problème, à vous de le résoudre, par groupe de quatre à sept.
Exemple :
« Un accident a eu lieu, vous et votre équipe de secouristes devez aller sauver les victimes dans un temps imparti. »
Vous avez des contraintes, une gestion des priorités à effectuer et surtout des décisions à prendre.
Le résoudre, c’est bien, mais ce n’est pas ce qui est noté. Faites attention à toujours être dans le mouvement, n’hésitez pas à parler et à faire parler les traînards, pas de leader surtout, mais une répartition correcte des tâches : le mec qui sort de maths sup’ fait les temps de trajet, deux se concertent pour les fournitures à prendre, etc… ^^ !
Les examinateurs ne vous aideront pas. Pensez à prendre l’heure de début : c’est 25 min pour le résoudre, pas une de plus, en comptant 3 min minimum pour présenter la solution synthétisée aux examinateurs !
Sport : pas de secret, là vous avez le droit de vous entraîner ^^
5 minimum à chaque épreuve, et une moyenne générale de 7 minimum…
Barème là : http://img259.imageshack.us/img259/3294/preseleceopn3.jpg
Mon conseil : manger léger le midi car c’est la galette pour tous à l’arrivée du 3000 (nan je déconne, juste les plus faibles, mais dans le doute, léger c’est mieux, et faire caca avant aussi… =D).
Quatrième jour
Les entretiens : un avec un psychologue, un avec deux pilotes militaires.
Pas de stress, les pilotes vendent du rêve, et le psy te demande si ta maman va bien… ^^
Ensuite, ils décident par : Très Favorable, Favorable, Défavorable, Très Défavorable.
Un TD vous retire direct de la liste d’admissibilité, un TF vous place en haut… attention à ne pas être trop détendu non plus ^^.
Départ !
Si le candidat est retenu, il passe en commission (deux par an). Celle-ci se réunit pour juger l’ensemble des candidats admissibles et, en fonction des besoins de l’armée, retenir les meilleurs dossiers.
Notez bien que vous aurez beau avoir 18,5 de moyenne, si l’armée a besoin de 10 PN et que les dix premiers ont 19, vous ne serez pas pris !
La commission sélectionne en premier les candidats pilotes et ensuite les candidats NOSA. Pour ceux qui ont la double option, il faut savoir que s’ils sont pris dans la liste pilote, ils seront automatiquement retirés de la liste NOSA.
Quoi d’autre
Apprendre que le Rafale a deux réacteurs Snecma M88 et que celui du 2000 est un M53 ne sert pas à grand-chose, quoique les pilotes pourront vous poser des questions sur l’armement ou les missions.
Savoir qu’un MICA est un missile air-air n’est pas du luxe !!
L’avantage est surtout que vous aurez de quoi parler avec les autres, qui eux le sauront ^^.
Tout du long, vous êtes pris en charge en dehors de vos tests par un permanent qui n’y connaît rien : pas la peine de lui demander combien échouent au SECPIL ni combien seront pris à la commission ; de toute façon, même s’il le savait, il ne vous le dirait pas…
Le mess sert de la bouffe froide ! Nan, sans rire, ça va : il y a un système de points (20 pour déjeuner et dîner, 8 pour le matin). Plat principal 10 pts, après c’est 2 pts chaque truc sauf le pain 1 pt et la bouteille d’eau 4 pts, mais les carafes sont à volonté gratos… du coup on bouffe plutôt bien, mention spéciale à la pizza à 13 pts !
Autres trucs : ce n’est pas la peine de frimer, les gens là-bas voient des colonies de mecs comme nous arriver toutes les semaines. Ils nous connaissent par cœur.
Faut pas se biler : que des mecs, sans lunettes, cheveux courts, plutôt musclés, avec toujours les mains devant eux (représentant deux avions) montrant un hit dans un dogfight qu’ils ont fait à IL-2 (déjà à la gare vous trouvez le groupe…).
PAS DE FILLES, n’y croyez pas, ça sera pure testostérone. La dernière fille à passer (qui s’est faite bouler au SECPIL d’ailleurs) date d’il y a 3 mois.

Bonne chance ! Je réponds aux questions dans les coms ! ^^
